Le cûtchau gaumais, quand le cochon devient fête villageoise
Chaque hiver, la Gaume perpétue un rituel ancestral : le cûtchau, journée de transformation du cochon où l'on fabrique boudin, pâtés et saucisses dans la convivialité des fermes.

Une tradition hivernale bien vivante
Quand les premières gelées mordent la campagne gaumaise, les villages s'animent d'une effervescence singulière. Le cûtchau — prononcé « kutcho » en langue gaumaise — marque le retour d'une tradition vieille de plusieurs siècles : la transformation collective du cochon. Loin d'être une simple boucherie, cette journée est un rituel social où voisins et famille se retrouvent autour d'un savoir-faire transmis de génération en génération.
Dans les fermes de Latour, Montquintin ou Sommethonne, on commence avant l'aube. Le cochon, élevé localement, est abattu selon les règles sanitaires en vigueur. Puis débute le travail collectif : découpe, préparation des pièces, fabrication du boudin noir, confection des pâtés et saucisses. Chaque geste obéit à une précision héritée, chaque recette porte la mémoire des anciens.
Du cochon, rien ne se perd
Le cûtchau illustre une philosophie paysanne simple : valoriser l'animal dans son intégralité. Les jambons partent au saloir pour devenir charcuterie fine. Les abats se transforment en boudin, parfumé d'oignons et d'épices. La graisse devient saindoux pour les touffayes — ces tartes salées emblématiques de Gaume. Les rillettes, pâtés de foie, saucisses sèches : chaque partie trouve sa destination.
Cette économie du cochon a longtemps assuré l'autonomie alimentaire des familles rurales durant l'hiver. Aujourd'hui encore, nombreux sont les Gaumais qui perpétuent le cûtchau familial, moins par nécessité que par attachement à un patrimoine vivant. Certaines fermes ouvrent même leurs portes aux curieux, désireux de comprendre d'où vient vraiment la charcuterie artisanale.
Convivialité et transmission
Au-delà de la technique, le cûtchau est avant tout une fête. Entre deux préparations, on partage un verre de vin de Torgny ou de peket local. À midi, la tablée réunit parfois quinze personnes autour d'un boudin fraîchement cuit, accompagné de compote de pommes et de pain de campagne. Les anciens racontent leurs cûtchaus d'enfance, les plus jeunes apprennent les gestes.
Cette transmission orale et pratique garantit la survie d'un savoir-faire menacé par l'industrialisation alimentaire. Les recettes de pâtés varient d'une famille à l'autre, chacune gardant jalousement ses proportions d'épices, ses tours de main secrets. Certaines kermesses villageoises organisent désormais des démonstrations publiques, permettant au grand public de renouer avec ces pratiques ancestrales.
Le cûtchau rappelle qu'en Gaume, la gastronomie ne se limite pas aux restaurants : elle naît dans les fermes, se transmet dans les cuisines, se partage autour de tables généreuses. Une leçon de terroir et d'humanité, servie chaude en plein hiver.
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