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Province de Luxembourg (BE)3 min de lecture

Bozel, Parette, Torgny : sur les bosses gaumes sous le soleil

Entre plateaux calcaires et vallons secrets, ces collines porteuses de villages racontent une Gaume différente, où la pierre guide les pas et le vent murmure l’histoire.

Bozel, Parette, Torgny : sur les bosses gaumes sous le soleil

Le dessin des coteaux : quand la Gaume se fait pétrie de pierre

Le plateau de Torgny, celui de Latour ou les hauteurs de Sommethonne ne se découvrent pas sans peine. Il faut d’abord accepter de grimper, assez pour que le regard embrasse l’horizon découpé par les haies et les lisières boisées. La pierre affleure ici et là, par endroits taillée en assises, en murs, en bases de fermes. Ces « bosses du caillou », comme on les nomme parfois, dessinent une ligne de crête discrète mais ferme, séparant les versants vers la Semois ou la Chiers. Leur nom même en dit long : Bozel, Parette, mais aussi la colline où niche Orval quand elle dépasse ses propres murs. Une géographie qui ne ressemble à aucune autre en Wallonie.

Cette pierre, un calcaire jurassique vieux de plus de cent cinquante millions d’années, affleure par plaques, par bancs, parfois en éboulis calcaires où poussent des herbes rases et des buissons de prunelliers. Les villages s’y accrochent comme des moules à leur rocher : Torgny perché sur sa butte, Latour à l’entrée du vallon de la Semois, Bozel en retrait des champs de céréales. Ici, pas de montagnes mais des reliefs doux, des replats où l’on respire large, comme si l’on marchait sur le toit d’un monde plus ancien.

La marche des sentiers : entre mémoire et solitude

Pour en parcourir les courbes, il n’existe pas de grand chemin tracé, mais des sentiers de campagne qui sinuent, montent, redescendent, contournent les parcelles closes de haies vives. On les emprunte à pied, tantôt sur des calades usées par les sabots des chevaux de labour d’autrefois, tantôt sur des chemins publics ombragés par des chênes ou des frênes centenaires. Le balisage est rare, mais l’intuition guide : en Gaume, on sait que derrière chaque montée se cache un point de vue sur les vallons voisins, une ferme isolée, un vieux mur couvert de lierre.

À Parette, le sentier qui conduit vers le bois du même nom dégage peu à peu, offrant par temps clair une vue sur le plateau de Ruette et plus loin, en transparence, les premières collines de Lorraine. Les cartes topographiques y dessinent un relief accidenté, avec des dénivelés qui surprennent pour cette région réputée plane. Ces montées modérées, souvent oubliées des randonneurs pressés, réservent des surprises : un vieux moulin à vent en pierre de taille à demi effondré, une mare où batifolent les tadornes, des prés où broutent des races locales de vaches à robe bringée.

Vivre sur les bosses : l’eau, les pierres, le feu

Ces plateaux de calcaire, souvent secs en été, ont forgé un mode de vie où l’eau est une denrée précieuse. Les sources y sont rares, comme saintes, et les puits domestiques creusés profond dans la roche. À Latour, le quartier dit « du Caillou » doit son nom à la pierraille qui affleure en surface, mais aussi à ces réserves d’eau soustraite au sol. Les anciennes pompes manuelles, encore visibles ici ou là, racontent cette économie du peu.

Là-haut, les maisons ont des murs épais, leurs ouvertures tournées vers le soleil pour capter la lumière même en hiver. Les toits de tuiles ou de lauzes, parfois couverts de chaume, épousent la pente pour résister aux vents dominants. Et quand vient l’automne, il est des soirées où la brume stagne dans les bas-fonds tandis que les cimes des chênes gardent une lumière dorée jusqu’à la nuit.

À l’écoute des bosses gaumes

Écouter ces plateaux, c’est aussi se laisser porter par les récits des derniers gardiens de ces lieux. La vieille paysanne de Bozel, à qui l’on demande le nom d’un champ abandonné, répond souvent par un toponyme en gaumais : « ch’camp à l’Tch’val d’Gille », « la prairie di l’Rescapée ». Ces mots-là ne figurent sur aucune carte, mais ils résonnent comme une mémoire collective.

Et parfois, quand le vent tombe et que la terre cuite des murs restitué sa chaleur du jour, on peut entendre, si l’on tend l’oreille, le froissement des blés mûrs en bas de pente, le cri d’un Milan royal qui plane au-dessus de Sommethonne, ou encore, plus proche, le bourdonnement des abeilles dans les rares haies fleuries. Autant de signes que la vie, ici, n’a jamais vraiment quitté les bosses du caillou.

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Six maisons de caractère, jacuzzi, jardin clos, à quelques minutes des sites évoqués.

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