La Marche de Saint-Bertrand : sur les pas des pèlerins en Gaume
Chaque septembre, les villages de Gaume résonnent de chants et de prières lors de la Marche de Saint-Bertrand. Une tradition vivante où foi et paysages s’entrelacent.

Le pèlerinage qui unit les villages
Dès les premières lueurs de l’aube, un cortège coloré s’ébranle depuis Chiny en direction de l’abbaye d’Orval. Hommes, femmes et enfants, certains porteurs de bannières ornées, d’autres simplement munis de bougies, avancent en rythme sur les chemins creux bordés de haies vives. La Marche de Saint-Bertrand, célébrée depuis des siècles en Gaume, n’est pas seulement un acte de dévotion : c’est un moment où les villages s’unissent autour d’un héritage commun. Les paroisses de Florenville, Étalle ou Virton envoient leurs délégués, transformant cette procession en une grande fresque humaine où se mêlent petits et grands.
Les récits locaux évoquent des origines médiévales, liées à la vénération de saint Bertrand, protecteur des voyageurs et des récoltes. Mais au-delà du spirituel, la marche devient une ode à la Gaume elle-même. Les chemins empruntés serpentent à travers champs, forêts et villages, offrant aux marcheurs des paysages changeants : les douces collines de Torgny, les prairies de Latour, les frondaisons des hêtraies de Chiny. Les pieds foulent des terres chargées d’histoire, où chaque pierre pourrait presque raconter un récit.
Un rythme qui respecte le temps long
Contrairement aux processions dynamiques des villes, la Marche de Saint-Bertrand se distingue par sa lenteur mesurée. Les haltes sont fréquentes, rythmées par des prières ou des chants en gaumais, cette langue lorraine aux sonorités chantantes. Les anciens affirment que cette allure permettait autrefois aux participants de se reposer, mais aussi de savourer chaque instant du trajet. Aujourd’hui, elle offre aux contemporains une parenthèse hors du temps, où l’on écoute le vent dans les feuilles ou le murmure d’un ruisseau.
À mi-parcours, une étape symbolique marque un temps fort : l’arrivée à un calvaire ou une chapelle votive, souvent fleurie pour l’occasion. Les enfants y déposent des fleurs, les adultes allument des cierges. C’est ici que le groupe se rassemble pour partager un moment de recueillement avant de repartir, plus déterminé que jamais. Les organisateurs rappellent que la marche n’a pas pour seul but d’atteindre Orval : elle est un voyage en soi, une préparation spirituelle où chacun chemine à son rythme.
Entre foi et terroir : une tradition qui résiste
Difficile d’imaginer aujourd’hui une Gaume sans cette marche. Pourtant, les organisateurs admettent que son avenir dépend de sa capacité à rester accessible. Les bénévoles, souvent des proches des paroisses, veillent à ce que la procession ne devienne pas un folklore figé. Ils invitent les nouveaux arrivants à participer, avec leurs spécificités culturelles, transformant la marche en un creuset où se rencontrent les traditions.
Pour les Gaumais, cette journée est aussi l’occasion de goûter aux saveurs du terroir. Les commerçants locaux animent des étals le long du parcours, proposant des produits comme le miel de Gaume, la touffaye ou des confitures artisanales. L’odeur du pain chaud et des tartes aux pralines se mêle aux effluves des champs de luzerne coupée. Même ceux qui ne participent pas à la marche s’arrêtent pour admirer le défilé, offrant un spectacle qui célébrerait à lui seul le message de cette journée : la Gaume, terre de partage.
Et demain ?
Alors que certains craignent un déclin des traditions rurales, la Marche de Saint-Bertrand est parvenue à se réinventer. Les jeunes générations y jouent un rôle croissant, apportant avec elles des instruments de musique, des photos ou même des témoignages vidéo. Les réseaux sociaux deviennent un relais pour inviter les organismes amis voisins à s’associer : la Lorraine française voire le Luxembourg, où des marches similaires existent, envoient parfois des délégations.
Peut-être est-ce là le secret de cette procession : elle ne se limite pas à son point de départ ou d’arrivée. Elle s’étire, comme les lignes des champs, d’un village à l’autre, d’une génération à l’autre. Et chaque année, à la même époque, on se retrouve sur les chemins, avec une certitude : saint Bertrand veille, et avec lui, l’âme de la Gaume.
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