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Province de Luxembourg (BE)2 min de lecture

La Roche à Sept Heures : quand la Semois sculpte le vertige

Au sud de Bouillon, la Semois dessine un méandre si serré que le soleil y met sept heures à paraître. On y grimpe pour le vertige, on y reste pour le silence.

La Roche à Sept Heures : quand la Semois sculpte le vertige

Il faut quitter la route, abandonner la voiture sur le petit parking forestier, puis marcher vingt minutes sous les hêtres. Le chemin est raide, caillouteux, honnête. Et soudain la forêt s'écarte, et vous êtes debout sur une barre de roche qui surplombe un précipice de cinquante mètres. En contrebas, la Semois brille comme une lame de verre, ployée sur elle-même. C'est la Roche à Sept Heures.

Une rivière qui s'enroule autour du temps

La Semois, née sur les hauteurs du plateau ardennais, s'est fait une spécialité : le méandre serré. Là où d'autres rivières filent droit, elle se tord, se replie, revient sur ses propres pas comme pour vérifier qu'elle n'a rien oublié. À la Roche à Sept Heures, l'étranglement est tel que la boucle ne mesure guère plus de cent cinquante mètres de tour. Les parois calcaires, striées de lichens orange et de grappes de saxifrages, plongent presque à la verticale dans l'eau verte.

Ce n'est pas un cirque alpin, c'est autre chose. C'est un entonnoir de verdure refermé sur une rivière paresseuse. Le contraste entre la douceur de l'eau et la brutalité de la roche fait tourner la tête. On reste là, sans photo, à écouter les hirondelles de rocher tracer leurs courbes au ras de la paroi.

Le soleil qui traîne la jambe

Le nom dit tout. À cet endroit précis, l'astre frappe la roche pas avant sept heures du matin, parfois plus tard en hiver. Les vieux du pays racontaient que le soleil, lassé de voir la Semois tourner en rond, s'était assoupi sur la crête et mettait un temps fou à se réveiller. Il n'y avait pas besoin d'horloge pour savoir l'heure : la lumière, en rampant, éclairait d'abord la mousse au pied du rocher, puis les fougères, puis enfin la pointe. Chaque village riverain avait ses sept heures à lui.

Septembre, l'heure dorée sur les méandres

En cette mi-septembre, la lumière est déjà basse, dorée, oblique. Les hêtres de la rive opposite commencent à roussir par touches, et la boucle de la Semois se dessine dans des tons de cuivre et de mousse. Les marcheurs y viennent en nombre le week-end, mais un matin de semaine, quand les seuls témoins sont le vent et les corneilles, on comprend pourquoi les anciens ont baptisé ce lieu plutôt que d'ignorer sa singularité.

On redescend les genoux un peu raides, le souffle court, avec cette sensation tenace d'avoir été un peu trop près du bord du monde. La voiture redémarre, le village se rapproche, et la Semois disparaît derrière les frondaisons. Mais sa boucle, elle, reste imprimée derrière les paupières.

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