La ducasse gaumaise : quand le village se met à danser l'automne
En Gaume, la ducasse n'est pas une kermesse parmi d'autres. C'est le jour où les vieux s'accordéonnent, où la place devient salle de bal et où l'on mange debout, entre deux airs de valse.

La musique d'abord, les pas viennent après
Chaque automne, dans les villages de la Gaume, quelque chose se décale dans le rythme ordinaire. On ouvre la porte de la salle communale, on descend les bancs, et l'on sort l'accordéon, le violon, la contrebasse que l'on avait remisés dans un grenier depuis juin. La ducasse commence par un son, pas par une annonce. Un accord tenu qui flotte dans l'air frais de septembre, et les gens lèvent la tête depuis leur cuisine.
Les plus anciens racontent que la ducasse gaumaise ne ressemblait pas tout à fait à la kermesse wallonne, ni à la ducasse liégeoise. Ici, le pas était plus traînant, emprunté à la contredanse lorraine. On dansait en rond, en chaîne, bras dessus bras dessous, sur un air qui rappelait le rythme du travail aux champs. Le village, une fois l'an, redevient un corps unique qui se balance ensemble.
Une table dressée sur la place
Autour de la salle, c'est l'odeur qui commande. La ducasse, c'est une fête qu'on mange autant qu'on danse. Le jambon à la coupe trône sur la planche. On tranche le fromage, on remplit les verres de bière locale ou de petit vin de la région. Les familles apportent leurs plats, un cûtchau coupé en carrés, un gâteau de pommes, et la frontière entre cuisinier et invité s'efface derrière un long couvert en bois.
Les enfants tournent autour des tables en attendant qu'on leur laisse un quart de gâteau. Les jeunes jouent aux cartes dans un coin, les anciens discutent politique et météo en pinçant le coude au comptoir. Personne ne presse. La ducasse, c'est le droit de rester assis une heure de plus, sans qu'on vous demande pourquoi.
Ce qui reste quand le bal s'arrête
Vers minuit, quand l'accordéoniste range ses soufflets et que la place se vide, il y a un silence particulier. Pas un silence vide, plutôt celui d'un village qui a rempli ses poumons. On éteint les guirlandes, on ramasse les chaises, et les rires s'estompent dans les rues de pierre et de moellon.
Certains villages ont du mal à maintenir la ducasse. Les jeunes partent à Virton, à Arlon, ou plus loin. Les bals durent moins longtemps qu'avant, et la salle communale parfois ne se remplit plus tout à fait. Mais le geste persiste. On continue à descendre les bancs, à tendre les cordes du violon, à dresser la grande table en plein vent. Parce que la ducasse, en Gaume, n'est pas un spectacle offert au visiteur. C'est le village qui se regarde danser, et qui se reconnaît au pas de la valse. Un jour par an, tout le monde est invité. Tout le monde.
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