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Province de Luxembourg (BE)2 min de lecture

Les coulis de pierre : veines secrètes des villages de Gaume

Entre deux murs de pierre blonde, à Montquintin ou Latour, les coulis racontent une Gaume qu'on ne voit pas de la route. Reportage à hauteur d'épaule.

Les coulis de pierre : veines secrètes des villages de Gaume

Un passage entre deux murs, et l'histoire s'ouvre

Il existe une Gaume qu'on ne photographie pas depuis la route. Une Gaume qui murmure entre deux murs de pierre ocre, dans un couloir à peine assez large pour les épaules. Dans les vieux villages comme Montquintin, Latour, Torgny ou Sommethonne, les maisons se serrent les unes contre les autres comme un poing fermé. Entre elles, filent ces passages étroits que les anciens appelaient coulis — autrefois, les vraies veines du village.

Des galeries nées de la nécessité

Le coulis gaumais n'est pas un caprice d'architecte. C'est une réponse à une contrainte. Du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle, les villages se resserrent autour de l'église, de la fontaine, de la place unique. Les parcelles se divisent sans plan : chaque famille hérite d'une bande de terre étroite, et la maison, dessus, pousse comme une dent serrée. D'où ces pignons collés, ces ruelles où l'on ne se croise pas. Le coulis, lui, comble le manque. Une bande pavée, souvent voûtée, reliant la rue principale au jardin de derrière, la grange à la source. On y charrie le bois, la lessive, les seaux de la pompe. Les enfants y tracent des ronds avec un tesson de brique. Les poules y nichent entre deux pavés.

La pierre blonde, la mousse et la lumière basse

Les coulis de Gaume ont une couleur qu'aucune carte postale ne rend. La pierre locale — ce calcaire d'un jaune chaud, légèrement grés, extrait des carrières voisines — absorbe la lumière et la renvoie. Sous les jours gris de septembre, le coulis garde un éclat presque méditerranéen, que la mousse et le lichen viennent tempérer de vert profond. Certaines voûtes sont basses, à peine au-dessus de la tête. D'autres, plus récentes, arborent un arc surbaissé qui donne au passage une solennité de nef d'église. On lève parfois la main pour toucher la clé de voûte. La pierre est tiède. Elle retient la chaleur du soleil d'après-midi bien après que l'ombre a englouti la rue.

Les parcourir en silence, quand l'automne rase le sol

Aujourd'hui, beaucoup de coulis se sont murés, transformés en débarras, ou simplement oubliés derrière une porte de chêne à serrure rouillée. Mais il en reste assez, à condition de chercher. À Montquintin, en longeant la grand-rue vers la frontière, on déniche trois ou quatre passages encore praticables. À Sommethonne, un coulis débouche sur un verger que plus personne ne récolte. À Latour, il y en a un qui sent encore l'humus et la pierre froide.

L'automne est la bonne saison pour les arpenter. Les jours raccourcissent, la lumière rase la pierre au lieu de la frapper, et l'odeur de la mousse humide remonte à chaque pas. On entend ses propres semelles sur les pavés creusés par les siècles. On devine, dans le silence, les jupes frottées contre les murs, le seau de mûres qu'on cachait là, le baiser qu'on échangeait à l'abri des regards du village.

Le coulis ne dit rien. Mais il garde tout.

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