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Province de Luxembourg (BE)2 min de lecture

Le vicinal gaumais : quand le petit train s'est tu dans les vallées

Les rails ont disparu, les sifflets aussi. Reste un chemin de terre rouge entre les villages de Gaume, hanté par la mémoire d'un petit train qui reliait les hameaux.

Le vicinal gaumais : quand le petit train s'est tu dans les vallées

Marchez le long du Ton entre Sommethonne et Latour, et vous entendrez le silence. Pas un silence vide : un silence habité, celui qui prend la place d'un sifflet de locomotive éteint il y a soixante ans et plus. Les enfants d'aujourd'hui ne savent pas que la voie sur laquelle ils poussent leur vélo fut jadis celle du petit train gaumais. Les anciens, eux, n'ont pas oublié.

Une ligne entre les villages

Les chemins de fer vicinaux ont dessiné la Gaume au tournant du XXe siècle. Avant eux, les hameaux n'avaient que des sentiers de boue et de gravier pour se relier. Le vicinal, ce petit wagon fumant et patient, a mis du rythme dans les journées. Il transportait le lait vers Virton, les écoliers vers Florenville, les ouvriers vers les carrières de pierre calcaire. Les Gaumais l'appelaient simplement « le train » ou « le petit chemin de fer ».

Les lignes suivaient les vallées, parce que le relief de la Gaume — ses plateaux crayeux découpés par les rivières — ne laissait pas d'autre choix. Le petit train serpentait le long de la Semois, du Ton, de la Vire. Là où la pente s'accentuait, il ralentissait jusqu'à l'arrêt presque complet, et les passagers descendaient pour marcher à côté.

Les stations fantômes

Quelques bâtisses subsistent, en retrait du chemin vert. Une toiture en bâtière, des murs en moellon, des traces de lettres effacées là où « GARE » était peint en blanc. À Sommethonne, à Latour, dans les hameaux entre Virton et la frontière française, ces vestiges ont été récupérés : une habitation, un atelier de menuiserie, un abri de jardin. L'ancien quai est devenu une terrasse où mûrissent les tomates du mois d'août.

Les anciens racontent encore l'horaire approximatif, jamais tout à fait ponctuel. Le train qui partait de nuit dans la brume et s'arrêtait pour laisser traverser une vache. Le train qui prenait cinq minutes de trop et pour lequel les gamins couraient depuis le carrefour. Des micro-histoires villageoises qui faisaient le pouls d'une journée.

Le train s'est tu, le chemin est resté

Le vicinal a quitté la Gaume dans le courant du milieu du XXe siècle. Les rails ont été levés, les traverses ont pourri sous la terre, les remblais se sont couverts de ronces. L'automobile et le bus ont pris la relève, moins lents, plus isolants.

Mais l'assiette de la voie est restée. Les courbes douces, les pentes régulières, les talus herbeux : tout cela est devenu ce qu'on appelle aujourd'hui le RAVeL, ces corridors verts que parcourent marcheurs, cyclistes et joggeurs. La déclivité est la même. Les virages sont les mêmes. Ce que la locomotive franchissait en trois coups de pistons, on le monte maintenant à son rythme, le souffle court, les mains sur un guidon ou les bâtons de randonnée enfoncés dans le sol.

Il y a quelque chose d'apaisant à longer un tracé conçu pour un train et offert désormais à la seule mécanique du corps. Le vrai sujet, c'est le silence. Où le sifflet ricochait entre les corniches calcaires, il ne reste que le froissement de l'eau sous le pont, le craquement des branches, le vent dans les hautes herbes du talus. La Gaume a gardé la forme du train sans le bruit. Peut-être est-ce la façon la plus sage de s'en souvenir : pas un musée, pas une plaque, mais un chemin qui relie encore un village à l'autre, au pas d'une promenade.

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Six maisons de caractère, jacuzzi, jardin clos, à quelques minutes des sites évoqués.

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