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Province de Luxembourg (BE)2 min de lecture

Le patois gaumais : les mots qui restent quand les anciens se taisent

À l'automne, quand les veillées reviennent dans les cuisines de Gaume, la langue du terroir claque encore dans les bouches, entre un juron et un conte.

Le patois gaumais : les mots qui restent quand les anciens se taisent

Une langue qui n'est pas du wallon

Quand on dit « Gaume » dans le reste de la Wallonie, on pense souvent à une région pittoresque du sud. Quand on écoute un vieux Torgnolis ou un Virdounais parler, on entend tout autre chose : des voyelles traînantes, des diphtongues qui remontent le temps, une grammaire qui sent la Lorraine. Le gaumais n'est pas du wallon. Il appartient au continuum linguistique lorrain, cousin du parlant des villages de la Meuse voisine, du Luxembourg ardennais et des campagnes de Meurthe-et-Moselle.

À Bouillon, à Florenville, à Chiny, les phrases s'écrivent avec une orthographe française mais se prononcent en rattachant les mots autrement. « Ça va » se dit « I a bin ». « Il fait froid » devient « I fait on dièl d'froid ». Ce n'est pas un accent. C'est un système.

Les noms de hameaux disent tout

Allez marcher autour de Montquintin ou de Sommethonne un matin d'octobre, quand la brume tient dans le creux des vallons. Vous ne trouverez pas ces villages sur une carte officielle : on dit « li Fond », « li Pré du Bû », « li Vaux-à-Fèye ». Les toponymes gaumais conservent un vocabulaire agricole que le français a perdu : bû pour la hêtraie, tchaire pour la terre labourable, coulou pour le pigeonnier.

Ces mots ne sont pas des survivances décoratives. Ils racontent un usage de l'espace. Un village où l'on parle encore le gaumais a conservé, dans sa langue, la mémoire de ses champs, de ses sources, de ses chemins de traverse. La carte du terroir est une carte linguistique.

La veillée comme dernière école

Longtemps, le gaumais n'a pas eu d'école. On l'apprenait à la cuisine, en pelant les pommes de terre, en égrenant le chanvre. Il se disait en commandant un maitrank au café, en engueulant un chien qui aboyait trop fort, en racontant la nuit de la Toussaint aux enfants. La transmission était corporelle, orale, un peu rugueuse. Elle ne passait pas par un professeur.

Aujourd'hui, les derniers locuteurs intégraux s'en vont. Les enfants de Virton ou d'Étalle comprennent parfois, mais ne parlent plus. Pourtant, le gaumais résiste là où l'on ne l'attend pas : dans les noms de brasseries et de gîtes, dans les titres de ducasses, dans les chansons qu'un vieux groupe entonne à la fin d'un repas de noces à Latour. Il vit en éclats, comme une mosaïque dont quelqu'un aurait dispersé les tesselles dans le jardin.

L'automne est la saison des retours dans les cuisines. On rallume le poêle. On pelote. On raconte. Et dans le murmure des vieux, si vous tendez l'oreille, la Gaume parle encore dans sa propre voix.

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Six maisons de caractère, jacuzzi, jardin clos, à quelques minutes des sites évoqués.

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