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Province de Luxembourg (BE)2 min de lecture

Les contrebandiers de la Semois : quand la Gaume filait entre trois pays

Tobacco, coffee, a few kilos of salt: for decades, the Semois valley was a highway of the invisible. Walk these paths today and the forest still keeps the secrets of the smugglers.

Les contrebandiers de la Semois : quand la Gaume filait entre trois pays

Une frontière qu'on franchit sans la voir

La Semois dessine une frontière là où aucune ligne ne devrait exister. Entre la Belgique et la France, entre la Gaume et la Lorraine, entre les bois de Torgny et les prairies du pays lorrain, la rivière serpente en méandres serrés qui créent des langues de terre appartenant à un pays mais touchant un autre. Pour le contrebandier, ce n'était pas une ligne administrative. C'était un couloir. Un souffle. Un entre-deux où l'œil du douanier se perdait entre deux virages.

Ce n'était pas un métier glorieux. On ne partait pas pour la gloire, on partait parce que le tabac coûtait trop cher, parce que le café manquait après la guerre, parce qu'un sac de sel rapportait quelques francs à la veuve. Les hommes de Chiny, de Montquintin, de Sommethonne marchaient la nuit, dans les hêtraies, avec des chaussures à semelles souples pour ne pas crisper la feuille morte sous le pied.

Les chemins n'ont pas oublié

Les anciens de la vallée en parlent encore avec un drôle d'accent : à mi-chemin entre l'admiration et la honte. Admiration pour la ruse, la connaissance du terrain, la mémoire des sentes qui ne figuraient sur aucune carte. Honte aussi, parce que la contrebande était un crime, et qu'on ne dit pas aux enfants que leur grand-père fut un délinquant fiscal.

Pourtant, ces sentiers existent toujours. Certains traversent encore les bois en pente raide, avec des ornières que nul tracteur n'a empruntées, taillées par des charrettes légères chargées de sacs de jute. D'autres longent la rivière dans un silence d'arbres où le moindre craquement vous livre. Qui marche ces chemins en octobre, sous les faînes qui tombent, sent bien que la Gaume ne fut pas seulement un jardin calme. Elle fut un territoire de passage, de tension, de ruse.

La Gaume d'aujourd'hui et ses fantômes

Il n'y a plus de douanier dans les hêtraies. Le marché unique, puis la zone Schengen, ont effacé ce qui faisait le sel de ce gagne-pain clandestin. La frontière est devenue un concept pour administratifs. Pour le promeneur du dimanche qui emprunte le RAVeL vers Florenville ou le sentier qui relie Bouillon aux villages de la rive droite, la Gaume est un décor sans friction.

Mais le décor porte les marques. Une ferme isolée en contrebas d'un chemin, dont la grange a été agrandie à une époque où l'on disait rien. Un sentier qui ne mène nulle part sur la carte IGN, mais qui débouche sur un champ français à cent mètres de la Belgique. Une légende familiale : mon arrière-grand-père passait le café par la Semois à la nage, dans un sac de caoutchouc.

Marcher la Gaume aujourd'hui, c'est marcher sur ces histoires qu'on ne retrouve pas dans les plaquettes touristiques. Les vallées n'étaient pas des berceaux. Elles étaient des couloirs, des points de fuite, des zones grises entre trois royaumes qui ne s'entendaient pas toujours. La forêt garde. Le promeneur écoute, s'il a le temps et la patience de ralentir sous les hêtres.

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Six maisons de caractère, jacuzzi, jardin clos, à quelques minutes des sites évoqués.

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