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Province de Luxembourg (BE)2 min de lecture

L'église fortifiée de Montquintin : quand la Gaume priait derrière ses murs

À Montquintin, à un pas de la France, l'église a doublé la nef d'une courtine. En ce mois d'octobre, la Gaume frontalière raconte son besoin de se barricader pour garder sa foi et ses cloches.

L'église fortifiée de Montquintin : quand la Gaume priait derrière ses murs

La prière avait besoin d'une muraille

On arrive à Montquintin en automne, par la route qui longe la vallée de la Chiers. Les hêtres roussissent de part et d'autre du ruban de goudron, et le village apparaît à un coude de chemin comme s'il s'était blotti là depuis des siècles. Parce que, effectivement, c'est un peu le cas. Le clocher émerge d'un amas de toits d'ardoise et de murs en moellons, et ce qui frappe d'emblée, c'est l'épaisseur de la pierre. Pas une église de campagne ordinaire avec son porche fleuri et son jardinet. Non. Ici, les murs font presque un mètre d'épaisseur. Les fenêtres sont étroites comme des meurtrières. L'abside a l'air d'une tour de guet.

On ne fortifie pas une église par caprice. Montquintin, à quelques centaines de mètres de la ligne qui sépare la Belgique de la Meuse française, a vu passer des bandes armées, des soldats de toutes les nations, des pillards sans drapeau. Les villageois ont élevé ces murs pour que le saint-sacrement et les cloches ne finissent pas fondus dans un creuset de mercenaire. La foi, dans cette Gaume frontière, n'était pas qu'une affaire de ciel. C'était un trésor à défendre au sol.

Trois drapeaux sur un seul clocher

L'histoire de Montquintin, c'est celle d'un bout de Gaume qui n'a jamais cessé de changer de camp. Terre du duché de Luxembourg, possession espagnole puis autrichienne, annexée par la France, intégrée aux Pays-Bas, belgifiée en 1839. Chaque souverain a planté sa croix, parfois littéralement, parfois au sens de la frontière. Les gens de Montquintin, eux, parlaient gaumais et ne comprenaient pas pourquoi un trait rouge sur une carte envoyait leurs cousins du côté de Longuyon plutôt que de Virton.

Cette plasticité des frontières n'a pas dilué l'identité. Elle l'a durcie, comme le calcaire durcit sous la pluie. Le village a gardé son tracé médiéval, ses vieilles fermes à cour, et cette église qui tient debout depuis trop de siècles pour que quelqu'un songe à la raser. C'est un monument, mais un monument habité. On y enterre encore les morts, on y sonne encore les heures, et les vieux qui passent sur le seuil vérifient d'un coup d'œil que la lourde porte de chêne est bien fermée. Le réflexe des anciens n'est jamais tout à fait parti.

L'octobre d'un village sur le fil

En cette fin d'octobre, Montquintin vit au rythme des travaux de saison. Les vergers débordent de pommes qu'on ne ramasse plus pour la coursade, la brume se couche sur la Chiers un peu avant midi, et les chemins de randonnée qui longent la frontière — anciens chemins de contrebande recyclés en sentiers balisés — se vident d'un coup quand la lumière décline. Les marcheurs s'en vont ; les riverains restent.

Le soir, dans la cour de la ferme en face de l'église, une lampe s'allume. Un chien traverse la ruelle. La frontière, à quelques mètres, n'arrête plus personne qu'un panneau bleu avec une étoile dorée. Mais l'église, elle, garde ses murs épais et son silence de bastion. Elle n'a plus besoin de protéger quoi que ce soit, sauf peut-être une mémoire. Et ça, c'est une raison suffisante pour ne rien abattre.

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