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Province de Luxembourg (BE)2 min de lecture

Veiller un mort en Gaume : la nuit où le village retenait sa respiration

Le 31 octobre, l'année se tourne. En Gaume, on veillait jadis les morts jusqu'à l'aube, bougies en main, portes ouvertes. Retour sur une tradition que les villages n'ont pas tout à fait oubliée.

Veiller un mort en Gaume : la nuit où le village retenait sa respiration

Le dernier soir au village

En Gaume, on ne mourait pas seul. Pas vraiment. Le mort était porté dans la chambre, souvent le poêle encore tiède, et dès la tombée du jour, la porte s'ouvrait. Les voisins venaient. Les femmes apportaient des chandelles, les hommes un bol de café au maitrank ou un verre de schnaps. On s'asseyait autour du lit, en silence d'abord, puis en paroles. On racontait le défunt, ses récoltes, ses disputes, sa dernière récolte de pommes. La nuit durait jusqu'à ce que le jour vienne chercher le corps pour le cimetière.

Ce n'était pas une fête, ni une peur. C'était un geste de présence. Une manière de dire : tu ne passes pas seul, le village te tient la main jusqu'au bout de la nuit. Les anciens de Torgny, de Sommethonne ou de Latour s'en souviennent encore dans leurs os, même si plus personne ne pratique ainsi.

Les gestes de la veille

Avant que les voisins n'arrivent, la famille avait ses rites. Le miroir était couvert d'un linge noir. L'horloge s'arrêtait, comme si le temps du vivant devait suspendre sa course. On plaçait un petit bénitier à eau de source contre la porte d'entrée, pour que chaque visiteur se signe en franchissant le seuil. Le mort, lui, avait les mains jointes sur un chapelet usé, et parfois une médaille d'Orval — une image de l'abbaye, pas la bière — glissée dans sa poche de chemise.

On parlait à voix basse. On ne dormait pas. Les enfants restaient debout, fascinés, parce qu'en Gaume, on ne cachait pas la mort aux petits : elle avait sa place dans la maison, sa place dans le jardin sous les pommiers, sa place dans la langue. On disait è s'a-st-àtè — il s'est arrêté — et le village comprenait qu'il fallait allumer une bougie.

Une lumière qui s'efface, pas tout à fait

Les cercueils partent maintenant vers les maisons funéraires du côté de Virton ou d'Arlon. La veillée, comme institution communale, s'est éteinte entre les années soixante-dix et quatre-vingt. Les maisons sont trop petites, les distances trop longues, les morts trop anonymes dans un village qui compte encore des visages mais plus tout à fait les mêmes.

Pourtant, au 31 octobre, dans les cimetières de la Semois et de la Meuse, on trouve encore des bougies allumées sur une pierre froide. Quelqu'un est passé. On n'a pas attendu la Toussaint. On a fait comme l'aïeule : on a mis une flamme dans la nuit, et on est rentré. Le village ne veille plus toute la journée — mais il n'oublie pas, à l'heure où les jours basculent, que la Gaume se tient entre les vivants et le chemin d'après. C'est peut-être tout ce qui reste de plus vrai.

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Six maisons de caractère, jacuzzi, jardin clos, à quelques minutes des sites évoqués.

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